Nord-Kivu : des enfants étudient sous la menace des groupes armés.

Dans plusieurs zones aux environs et dans la ville de Butembo et du territoire de Lubero au Nord-Kivu, la présence de groupes armés à proximité des établissements scolaires fait peser des risques sur la sécurité des enfants et perturbe leur parcours éducatif. Peur, désertion des classes, exposition aux détonations d’armes et risque d’influence ou de recrutement : les conséquences de cette situation préoccupent les communautés scolaires et les défenseurs des droits de l’enfant.

À l’École primaire Ngengere, située au quartier Malende, cellule Malende, dans la commune Kimemi à Butembo, élèves et personnel éducatif disent vivre avec cette réalité au quotidien.

À seulement huit ans, Muhindo Mwira Christian, écolier de deuxième année primaire, estime que la présence d’hommes armés n’a pas sa place autour d’une école.« Ce n’est pas bon pour un enfant d’être soldat. L’enfant qui devient soldat, sa vie s’écourte. Que les Wazalendo cessent de déambuler autour de notre école avec leurs armes », demande-t-il.

Kyakimwa Munyonzo Georgnine, âgée de sept ans, témoigne pour sa part de la peur ressentie lorsqu’elle aperçoit des hommes armés aux alentours de son établissement scolaire.« Je vois souvent les Wazalendo. Ils me font trop peur. Je veux qu’ils disparaissent », témoigne-t-elle.

Des coups de feu qui perturbent les activités scolaires.

Le directeur de l’EP Ngengere, Kasereka Ndivito Benoît, affirme que plusieurs positions de groupes armés se trouvent à proximité de l’établissement, notamment du côté de Vuthathimbwa, Mavina et Ivugha.« Notre école est entourée de groupes armés. Ils ne cessent de se présenter aux alentours de l’école. Les risques sont nombreux », alerte-t-il.

Selon ce responsable scolaire, cette proximité expose notamment les écoliers au risque d’influence par les discours des combattants. Il affirme que certains enfants auraient quitté les classes après avoir été attirés par ces discours.« Nous avons constaté la désertion de certains élèves qui vont là-bas après avoir été influencés par les Wazalendo. Ces hommes les animent en leur faisant croire que le pays est en danger et qu’ils doivent venir les aider », explique Kasereka Ndivito Benoît.

Le directeur évoque également les effets psychologiques des détonations d’armes. « Ça et là, ce sont des coups de balles qui ne cessent de se produire. Moi-même, ici au bureau, quelques fois, j’entends des coups de balles. Cela provoque directement la peur à l’école. Même leur présence nous fait peur, nous les grandes personnes », poursuit-il.

Il précise toutefois qu’à sa connaissance, aucun élève de l’EP Ngengere n’a rejoint un groupe armé. « À l’EP Ngengere, il n’y a aucun élève qui est allé là-bas. Nous les gardons sérieusement », affirme-t-il.

Face à cette situation, il appelle les autorités à agir pour éloigner les groupes armés des établissements scolaires. « Le gouvernement connaît cette situation. C’est au gouverneur de mettre en œuvre des stratégies pour mettre fin à cette situation », plaide le directeur.

Plusieurs écoles concernées.

La situation ne se limiterait pas à l’EP Ngengere. Vukundika, ancien commutateur du Conseil local de la jeunesse du quartier Vighole, affirme que plusieurs établissements scolaires se trouvent également à proximité de positions attribuées aux Wazalendo dans les quartiers Vighole et Ngingi en commune Mususa.

« Il y a deux camps ici chez nous. Nous avons celui de Vuthima et celui de Mbolu, qui est proche de l’EP Tuokoane et de l’Institut Neema Mupo. Le camp de Vuthima est en proximité avec les écoles primaires Kaleveryo, Milene et l’Institut Milene Fourier. Dans notre coin ici, on assiste à beaucoup de violations graves de la part des Wazalendo », rapporte-t-il.

Ces témoignages mettent en lumière une préoccupation plus large : la difficulté pour les enfants de poursuivre leur scolarité dans un environnement qu’ils perçoivent comme militarisé et potentiellement dangereux.

Des risques au regard de la protection de l’enfant

Pour Reagan Bangaghe, défenseur des droits de l’enfant au Nord-Kivu et étudiant à l’Université Officielle de Ruwenzori, la présence de groupes armés à proximité des écoles soulève d’importantes questions en matière de protection de l’enfant en période de conflit.

Il évoque notamment la résolution 1612 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui prévoit un mécanisme de surveillance et de signalement des violations graves commises contre les enfants dans les situations de conflit armé. « La présence des camps des groupes armés près des écoles fait partie des violations graves des droits de l’enfant qui sont prises en compte dans le cadre de la résolution 1612 des Nations unies », explique-t-il.

Selon lui, l’État congolais doit prendre des mesures pour protéger les enfants et les établissements scolaires contre les conséquences des conflits armés. « L’État congolais doit garantir la protection des milieux scolaires et des enfants, notamment en éloignant les groupes armés des écoles, afin d’éviter que les écoliers soient utilisés par ces groupes ou qu’ils deviennent victimes d’éventuelles attaques », estime Reagan Bangaghe.

Ce défenseur des droits de l’enfant souligne également que la responsabilité peut être recherchée du côté des responsables de groupes armés lorsque leurs activités exposent les enfants à des risques.

Quelles démarches en cas de violation ?

Face à de telles situations, Reagan Bangaghe encourage les responsables scolaires, les comités de parents et les organisations de protection de l’enfant à documenter et signaler officiellement les faits aux autorités judiciaires compétentes. « La première démarche juridique peut consister à dénoncer les faits auprès du ministère public. Une fois informé, le parquet peut effectuer des vérifications sur le terrain et, si les faits sont établis, engager les procédures prévues par la loi », indique-t-il.

Les responsables d’établissements scolaires et les structures de protection de l’enfant peuvent également, selon lui, saisir les autorités judiciaires par une plainte ou une dénonciation. « Les responsables des écoles peuvent également porter plainte. Les structures de défense et de protection de l’enfant peuvent documenter les faits et les porter à la connaissance des autorités compétentes », ajoute-t-il.

Il appelle enfin les autorités judiciaires à vérifier les faits portés à leur connaissance, y compris lorsque les victimes n’ont pas encore introduit de plainte. « Les juridictions ne doivent pas rester bras croisés face à ces violations graves des droits de l’homme. Lorsqu’elles sont informées de tels faits, les autorités judiciaires doivent pouvoir effectuer les vérifications nécessaires et agir conformément à la loi », conclut Reagan Bangaghe.

Le Parlement d’Enfants plaide pour des écoles préservées des conflits

Ces préoccupations interviennent alors que le Parlement d’Enfants Butembo-Lubero appelle à préserver les établissements scolaires de toute violence et militarisation, à l’occasion de la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, célébrée chaque 9 septembre depuis 2020.

Dans un message rendu public à cette occasion, cette structure dénonce les violences, menaces et actes de militarisation qui compromettent, selon elle, le droit des enfants à une éducation sûre, continue et de qualité.

Le Parlement d’Enfants Butembo-Lubero rapporte que plusieurs établissements scolaires du territoire de Lubero ont été détruits, abandonnés ou utilisés à des fins militaires dans le contexte des conflits armés, notamment dans les zones affectées par les affrontements impliquant le M23 et par l’activisme des ADF. À Butembo, la présence de camps de jeunes volontaires pour la défense de la patrie, communément appelés Wazalendo, à proximité de certaines écoles suscite également des préoccupations.

La présidente du Parlement d’Enfants Butembo-Lubero, Kavira Ruhuvi Christine, estime qu’aucun établissement scolaire ne devrait être transformé en espace militaire ou exposé aux violences.« Une école ne doit jamais devenir un champ de bataille, une position militaire ou un espace exposé aux violences », souligne-t-elle.

Le Parlement d’Enfants appelle ainsi toutes les parties aux conflits à ne pas utiliser les écoles, qu’elles soient en activité ou abandonnées, à des fins militaires, à ne pas les détruire et à tenir compte de la sécurité des enfants avant toute opération menée à proximité d’un établissement scolaire.

Cette structure de la protection de l’enfance rappelle par ailleurs que les enfants peuvent contribuer à la promotion de la paix et à la protection de leurs écoles, tout en soulignant que leur sécurité relève d’abord de la responsabilité des adultes, des autorités, des forces de défense et de sécurité ainsi que des groupes armés.

Kavira Ruhuvi Christine plaide enfin pour le renforcement de la protection des établissements scolaires, la réouverture sécurisée des écoles fermées et le respect de leur caractère civil.« Une école protégée, c’est un enfant protégé. Un enfant protégé, c’est un avenir préservé. Protéger l’école, c’est protéger la paix », conclut-elle.

Notons que la situation rapportée dans plusieurs quartiers en ville de Butembo et dans certaines zones du territoire de Lubero Lubero au Nord-Kivu dans la partie Est de la RDC pose ainsi la question de la sécurisation des établissements scolaires situés dans les espaces affectés par les conflits armés. Pour les communautés scolaires, l’enjeu dépasse la seule sécurité physique : il concerne également la continuité de l’éducation et la protection des enfants contre l’influence, le recrutement et les conséquences psychologiques de la présence des groupes armés.

Reagan MALIKIDOGO, Journaliste !

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