Croisade de sortie médiatique entre Paul Kagame , Président du Rwanda et Joseph Kabila le Président honoraire de la RDC sur la question de l’Est. Serge Ntumba donne sa lecture à notre rédaction.
Dans sa récente sortie dans Jeune Afrique, Paul Kagame ne se contente pas de répondre aux accusations : il redessine le cadre même du débat. Derrière un ton mesuré, le président rwandais livre une offensive narrative soigneusement calibrée.
Car ce que dit Kagame, en substance, est moins une défense qu’un déplacement de la vérité. Déplacement de la faute, d’abord. Le regard est renvoyé vers Kinshasa, et plus précisément vers l’héritage de Joseph Kabila. Sans jamais le nommer comme responsable direct, il suggère que le chaos actuel est le produit d’années de compromissions, de gestion opaque des groupes armés et d’un État qui n’a jamais véritablement repris le contrôle de son territoire. Kabila mis en cause.
Déplacement du rôle du Rwanda, ensuite. Kigali n’est plus présenté comme un acteur central du conflit, mais comme une puissance contrainte, presque réactive, face à des menaces persistantes à ses frontières. Une manière de transformer une accusation d’ingérence en argument de sécurité nationale.
Mais l’essentiel est ailleurs : Kagame conteste la grille de lecture dominante. Il rejette l’idée d’une guerre d’agression pour lui substituer celle d’un désordre congolais profond, ancien, et largement auto-entretenu depuis longtemps.
En creux, il interpelle la communauté internationale : Simplifier ce conflit à une responsabilité rwandaise serait, selon lui, une erreur d’analyse, voire une facilité politique.
Cette prise de parole de Kagame aujourd’hui, après deux sorties médiatiques de Kabila, n’est donc pas anodine. Elle marque une bataille pour le contrôle du récit. Car dans la guerre à l’Est de la République démocratique du Congo, il ne s’agit pas seulement de territoires ou de groupes armés. Il s’agit aussi de vérité, ou du moins, de la version de la vérité qui finira par s’imposer.
Et sur ce terrain, Kagame avance une ligne claire : le Rwanda n’est pas le problème, il serait, au pire, une conséquence.
Serge Ntumba

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