Dans un pays aussi riche que vulnérable, l’intelligence économique (IE) n’est plus un luxe: elle devient l’arme pacifique et stratégique d’une gouvernance réellement souveraine et efficace.
Au sens large, l’IE désigne l’ensemble des actions coordonnées visant à collecter, analyser, protéger et diffuser l’information stratégique utile à la décision. C’est un levier essentiel pour défendre les intérêts nationaux, renforcer la compétitivité et garantir la sécurité économique.
Pour la République démocratique du Congo, ce choix est vital. Fraudes minières massives, dépendance extérieure, tensions régionales et faible transformation locale rendent urgente l’adoption d’une gouvernance anticipative et structurée par l’IE.
Pourquoi faire de l’IE un pilier institutionnel
Traçabilité et valorisation des ressources
Pour mieux suivre la production et les exportations minières, réduire les fuites fiscales et maximiser les recettes. Protection des intérêts stratégiques pour surveiller les investissements étrangers et anticiper des stratégies prédatrices susceptibles de fragiliser l’économie.
Lutte contre la fraude et la corruption
En dotant les administrations clés (DGDA, DGI, CEEC, SAEMAPE…) de cellules spécialisées et d’outils de veille. Anticipation des crises géopolitiques et économiques pour se préparer aux chocs extérieurs, qu’ils viennent des marchés mondiaux, des évolutions technologiques ou des tensions régionales. Construction d’une intelligence collective nationale. En favorisant le partage d’informations entre provinces, entreprises publiques et État central.
Comment concrétiser cette ambition ?
Créer des cellules d’intelligence économique dans les ministères stratégiques (Mines, Économie, Budget, Défense…). Renforcer et connecter les observatoires existants (CEEC, DGDA, DGI) pour fluidifier l’échange de données. Former des cadres publics à la veille stratégique, l’analyse de risque et la protection du patrimoine économique.
Adopter un cadre légal sur la protection et la circulation de l’information stratégique. Mettre en place une veille géostratégique nationale pour mieux suivre partenariats miniers et accords internationaux. Ce choix transformerait le modèle actuel – fragmenté et réactif – en une gouvernance anticipative, coordonnée et pleinement souveraine.
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Par Louis BONDOKO, Expert en Analyse des situations et Étude des stratégies.

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